Il m'aime, il m'aime pas...
Avez-vous déjà pris une fleur de marguerite et, dans un élan d'espoir, retiré un pétale à la fois en répétant : « Il m'aime, il m'aime pas, il m'aime, il m'aime pas… »?
Pour finalement arriver au dernier pétale en souhaitant de tout cœur que ce soit la bonne réponse : il m'aime!
La réalité, c'est que vers la fin, vous avez peut-être un peu perdu le fil pour terminer avec la réponse qui réconfortait votre cœur! Ou peut-être avez-vous même sacrifié plus d'une marguerite pour obtenir celle que vous espériez!
Parce qu'au fond, comme humains, on aime être aimés. On aime recevoir de l'affection, se sentir importants et surtout, avoir cette certitude qu'on occupe une place particulière dans la vie de quelqu'un.
Et je trouve que notre relation avec les chiens est particulièrement intéressante à ce niveau.
On dit souvent que le chien est le meilleur ami de l'homme et qu'il nous offre un amour inconditionnel. Pour certaines personnes, cette relation représente même une forme de sécurité émotionnelle. Le chien vient spontanément chercher notre attention, se colle contre nous et sollicite notre présence. On reçoit de l'affection sans nécessairement avoir à prendre le risque de la demander.
Et quand on y pense, c'est plutôt rassurant!
Selon le modèle des six besoins humains de Tony Robbins, la certitude, la connexion et le sentiment d'importance font partie des besoins qui influencent nos relations. Et notre chien peut effectivement contribuer à répondre à plusieurs d'entre eux.
Mais il y a une question que je trouve particulièrement intéressante. Qu'arrive-t-il lorsque les rôles sont inversés?
Lorsque c'est vous qui allez vers votre chien pour lui offrir de l'affection, est-ce qu'il apprécie autant cette proximité? Est-ce qu'il accueille volontiers votre contact? Est-ce qu'il est à l'aise lorsque vous entrez dans son espace?
Parce que l'affection, c'est une chose. Mais la relation, elle, comporte plusieurs dimensions. Est-ce qu'on recherche de l'affection pour en donner ou pour en recevoir?
Prenons un exemple dans les relations humaines.
Certaines personnes vivent beaucoup d'insécurité affective. Elles peuvent ressentir régulièrement le besoin de demander à leur conjoint : « Est-ce que tu m'aimes? », « Viens me coller.»
Et lorsque l'autre personne répond à cette demande, ça procure un sentiment de réconfort, de sécurité et d'apaisement.
Mais lorsque la réponse est différente de celle attendue, l'insécurité peut refaire surface. Le besoin d'être rassuré revient, parfois encore et encore.
Ce qui est intéressant, c'est que dans cette situation, la recherche d'affection sert aussi à répondre à un besoin personnel.
On recherche le contact pour se rassurer, pour retrouver un sentiment de sécurité ou simplement pour se sentir mieux.
Et chez certains chiens, on peut observer quelque chose de semblable.
Un chien peut rechercher notre proximité parce qu'il apprécie le contact physique, parce qu'il a appris que cette interaction est agréable, mais aussi parce que notre présence ou nos caresses peuvent contribuer à son apaisement.
Dans certaines situations, le contact devient une façon de retrouver un certain confort émotionnel.
Et c'est là que je trouve important de faire une distinction : un chien qui vient chercher de l'affection n'est pas nécessairement en train de nous en offrir. Il peut aussi être en train de répondre à son propre besoin.
Ça enlève absolument rien à la valeur de notre relation! Mais ça nous permet de mieux comprendre ce qui peut motiver certains comportements.
Pour moi, une relation repose sur trois piliers.
L'affection, la confiance et le respect.
L'affection nous permet de développer une connexion, de partager des moments agréables et de créer un sentiment d'appartenance.
La confiance, c'est cette sécurité qu'on développe à travers les expériences. C'est savoir qu'on peut compter sur l'autre, qu'il a notre back, même lorsque les circonstances deviennent plus difficiles.
Et le respect, c'est reconnaître l'autre individu, ses besoins, ses capacités et ses limites, tout en développant une façon de communiquer et de fonctionner ensemble.
Et quand on transpose ça dans notre relation avec les chiens, je trouve qu'il y a matière à réflexion!
Tous les chiens n'apprécient pas les mêmes formes d'affection. Certains recherchent beaucoup le contact physique, d'autres préfèrent une proximité plus discrète. Et un chien peut très bien venir chercher notre attention tout en étant inconfortable lorsqu'on prend nous-mêmes l'initiative de le toucher.
Parce que lorsqu'on approche un chien pour le caresser, le manipuler ou l'entretenir, on entre aussi dans son espace personnel, dans son intimité.
Et c'est là que la confiance prend tout son sens. Prenons simplement la coupe des griffes!
Votre chien vient régulièrement chercher des caresses, apprécie votre présence et vous suit un peu partout dans la maison. Pourtant, lorsqu'arrive le moment de lui couper les griffes, de nettoyer ses oreilles ou de le brosser, la situation devient parfois beaucoup plus compliquée!
Évidemment, plusieurs facteurs peuvent expliquer ses réactions. Mais pour moi, ces situations représentent aussi des occasions importantes de développer la confiance.
Parce qu'un chien qui apprend à se laisser manipuler, à coopérer pendant ses soins et à être confortable dans cette proximité nous offre quelque chose de particulièrement précieux.
Il nous permet d'entrer dans son intimité et de prendre soin de lui.
Et cette confiance, elle se construit à travers les expériences. En prenant le temps de lui apprendre, de répéter les manipulations et de rendre nos interventions claires et prévisibles, on développe progressivement une relation dans laquelle le chien peut mieux comprendre ce qui se passe et apprendre à coopérer. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'accorde autant d'importance à l'entretien de son propre chien.
Et si on regardait aussi qui prend l'initiative?
Il y a un autre aspect que je trouve particulièrement intéressant : est-ce que notre chien vient toujours chercher de l'affection, ou est-ce qu'il vient parfois chercher ce que cette interaction lui permet d'obtenir?
Un chien peut apprendre qu'en poussant notre main avec son museau, il obtient des caresses. Qu'en venant nous solliciter, on se lève pour lui ouvrir la porte. Ou qu'en insistant suffisamment, on finit par lui accorder notre attention.
Et ça, c'est tout simplement de l'apprentissage!
Les comportements qui produisent des conséquences intéressantes ont davantage de chances de se répéter. Mais lorsqu'on répond systématiquement à toutes les sollicitations de notre chien, il peut s'installer une dynamique dans laquelle c'est principalement lui qui initie les interactions. Et parfois, lorsque c'est nous qui souhaitons entrer en contact avec lui, l'intérêt est beaucoup moins présent.
C'est là que je trouve intéressant de réfléchir à l'équilibre de la relation.
Parce qu'au fond, est-ce qu'on développe une relation dans laquelle chacun peut apprécier la présence de l'autre, ou est-ce qu'on entretient surtout des habitudes où l'un répond constamment aux demandes de l'autre?
L'idée, pour moi, c'est de développer une relation où l'humain peut aussi prendre des initiatives, proposer des interactions et créer des occasions de connexion qui sont agréables pour les deux. Une relation dans laquelle le chien apprend à apprécier notre proximité, où la confiance se développe et où le respect fait partie de nos échanges. Alors, votre chien vous aime-t-il vraiment?
Je trouve que c'est une question beaucoup plus complexe qu'elle en a l'air!
Parce que pour moi, aimer va bien au-delà de l'affection qu'on démontre ou qu'on reçoit. C'est aussi la confiance qu'on développe, la sécurité qu'on apporte à l'autre et le respect qu'on entretient dans notre façon d'interagir.
Et c'est justement ce qui m'amène à une dernière réflexion.
Lorsqu'une relation repose principalement sur ce qu'on peut obtenir de l'autre, est-ce qu'on parle réellement d'amour ou est-ce qu'on profite surtout des avantages de cette relation?
Je pense que cette question mérite qu'on s'y attarde, autant dans nos relations humaines que dans celles qu'on développe avec nos chiens. Parce qu'une belle relation, pour moi, c'est beaucoup plus que de recevoir de l'affection.
C'est développer une confiance mutuelle, apprendre à se connaître et construire une façon de fonctionner ensemble dans laquelle chacun trouve sa place.
Et heureusement, pour réfléchir à tout ça, on peut laisser les marguerites tranquilles!
Joanie