Comment savoir si mon chien fait réellement de l’anxiété de séparation?
L’anxiété de séparation est un sujet dont on parle énormément aujourd’hui. Un petit chiot chigne dans sa cage et hop! On met ça sur le dos de l’anxiété de séparation.
Pourtant, il existe aussi quelque chose dont on entend beaucoup moins parler : l’hyperattachement.
Et dans mon expérience de terrain, c’est un portrait que je rencontre beaucoup plus souvent que l’anxiété de séparation. La nuance est importante, parce qu’un chien qui veut être constamment près de son humain et un chien qui se désorganise complètement lorsqu’il perd l’accès à sa figure d’attachement ne vivent pas exactement la même chose.
J’ai envie ici de faire référence au travail de Richard Beaudet, éthologue québécois, dont la contribution au comportement canin mérite encore aujourd’hui d’être soulignée. Richard a énormément contribué à faire avancer notre compréhension du comportement animal au Québec, et plusieurs de ses enseignements continuent encore aujourd’hui d’influencer notre façon d’observer le chien et la mienne!
Dans son travail sur l’anxiété de séparation, il amenait une idée que je trouve toujours très pertinente : observer une combinaison de manifestations plutôt qu’un seul comportement isolé.
Il retenait notamment trois manifestations principales : les vocalisations excessives, la malpropreté et les destructions, particulièrement le grattage près des sorties. Dans son approche, on retrouvait au moins deux de ces trois manifestations.
Et ça, je le trouve important, parce que je le vois aussi sur le terrain.
Un chien qui vocalise dans une cage nous donne une information : il vit quelque chose. Cette réaction peut venir de la frustration, d’une difficulté avec la contrainte, d’un manque d’apprentissage ou simplement du désir de retrouver son humain.
Lorsque je rencontre une véritable anxiété de séparation, le portrait est généralement beaucoup plus large. Je vois souvent une réelle désorganisation : un chien qui vocalise intensément, urine ou défèque malgré sa propreté habituelle, détruit son environnement, tente de sortir de sa cage, gratte les portes, hypersalive ou devient incapable de retrouver son équilibre.
C’est cette combinaison qui m’intéresse.
Et dans mon expérience, ces chiens présentent aussi très souvent une difficulté plus générale à fonctionner seuls. Leur confiance et leur capacité à gérer leur environnement de façon autonome sont fragiles. L’anxiété que j’observe est rarement limitée uniquement au moment où l’humain quitte la maison.
On retrouve souvent de petits indices ailleurs : difficulté avec la nouveauté, inconfort face à la distance, faible tolérance à la frustration, difficulté à récupérer ou besoin constant de retrouver la proximité avec leur humain.
C’est ici que le travail de Joël Dehasse, vétérinaire comportementaliste, devient lui aussi particulièrement intéressant. Il s’est beaucoup intéressé à l’attachement, à l’hyperattachement et au processus de détachement. Selon lui, l'autonomie commence à se construire très tôt.
Le chiot naît complètement dépendant de sa mère. Puis, tranquillement, la relation évolue. Au moment du sevrage, la mère commence à mettre davantage de distance. Le chiot développe ses relations avec sa fratrie, explore son environnement, expérimente, rencontre de petites difficultés et apprend graduellement à fonctionner sans avoir constamment accès à elle. Cette période lui permet de développer quelque chose d’extrêmement précieux : sa capacité à fonctionner comme individu.
Dans mon expérience de terrain, lorsque j’évalue l’histoire d’un chien qui vit énormément de détresse lors des séparations, deux situations attirent souvent mon attention : le chiot séparé très précocement de sa mère et de sa fratrie, et le chiot qui a développé très peu d’autonomie avant de poursuivre dans une relation extrêmement dépendante avec son humain. Une fois arrivé dans sa nouvelle famille, le chiot crée un nouveau lien d’attachement. Et rapidement, l’humain devient une immense partie de son univers et de sa sécurité.
Pensez-y.
Nous lui donnons sa nourriture. Nous ouvrons les portes. Nous organisons ses sorties. Nous proposons les activités. Nous donnons l’attention. Nous répondons à ses demandes. Nous intervenons lorsqu’il rencontre une difficulté. Et souvent, avec les meilleures intentions du monde, nous cherchons aussi à lui éviter le stress, la frustration et l’inconfort. À force de vouloir prendre soin de lui, on peut parfois faire énormément de choses à sa place. Et dans un environnement où pratiquement tout passe par l’humain, avec très peu d’effort, d’initiative ou d’adaptation demandés au chien, celui-ci peut développer très peu de capacités à fonctionner par lui-même.
C’est pour cette raison que je priorise l’autonomie dans l’éducation de mes chiots. Je veux un chien qui développe un lien solide avec moi, mais aussi un chien capable d’être autonome. Je veux qu’il découvre qu’il possède des capacités, qu’il peut réfléchir, s’adapter, traverser un petit inconfort, récupérer et fonctionner lorsque son humain devient temporairement inaccessible.
C’est aussi comme ça qu’il construit de la confiance et de la résilience.
Évidemment, l’histoire du chien à elle seule ne confirme aucun diagnostic. Elle nous donne des pistes. Ensuite, on observe certaines situations et on regarde comment le chien y répond.
Alors, regardons maintenant votre chien.
Lorsqu’il est séparé de vous, observez-vous plusieurs manifestations importantes : vocalisations, malpropreté, destructions, hypersalivation, tentatives de fuite?
Comment fonctionne-t-il lorsque vous êtes simplement à distance?
Peut-il rester dans son espace pendant que vous êtes ailleurs dans la maison?
Peut-il se déposer sans être couché sur vous ou constamment à vos pieds?
Comment réagit-il lorsque vous lui demandez une certaine distance?
Comment récupère-t-il après une petite frustration ou un inconfort?
Avez-vous intégré dans son quotidien des moments où il peut développer son autonomie et apprendre à fonctionner sans votre intervention constante?
Toutes ces informations nous aident à mieux comprendre le chien devant nous.
TRUC 1: Exercice d’observation : la distance.
Chez certains chiens présentant une anxiété de séparation modérée, le simple fait de demander une distance avec leur figure d’attachement devient réellement difficile. On peut observer une incapacité à se déposer, une agitation importante, des tremblements, de l’hypersalivation ou une difficulté marquée à récupérer.
À l’inverse, un chien capable de prendre cette distance, de retrouver son équilibre et de fonctionner normalement, mais qui cherche constamment à retrouver la proximité lorsqu’il en a l’occasion, peut davantage nous orienter vers une dynamique d’hyperattachement.
Ça reste une observation parmi l’ensemble du portrait, plutôt qu’un test diagnostic à elle seule.
Et petite précision importante : je ne suis pas vétérinaire. Mon rôle ici est d’observer le comportement, de regarder les patterns, l’histoire du chien et sa capacité d’adaptation. Lorsqu’on parle d’un véritable trouble anxieux ou qu’on soupçonne une problématique clinique, le vétérinaire peut faire partie de l’équipe.
Et il y a une dernière partie dont je trouve important de parler : nous, les humains.
Avoir un chien qui veut constamment être avec nous peut être extrêmement valorisant. Il nous suit partout. Il dort collé sur nous. Il recherche continuellement notre présence. On se sent important pour lui, parfois même indispensable. Et naturellement, on répond à cette proximité par encore plus de proximité, de caresses, d’attention et de disponibilité. Avec toutes les meilleures intentions du monde, on peut participer à entretenir cette dynamique sans même s’en rendre compte.
TRUC 2: Évaluer l'humain! 🫣
Parfois, développer l’autonomie du chien demande aussi à l’humain de tolérer un peu plus de distance. Et ça, c’est parfois le vrai défi. 😬 Laisser son chien avoir son espace. Le laisser chercher une solution. Le laisser traverser une petite frustration. Le laisser découvrir qu’il peut être confortable même lorsqu’il n’est pas collé sur nous.
Et surtout, lui donner l’occasion de découvrir ses propres capacités.
Après tout, aimer son chien passe parfois aussi par un peu d’inconfort. 🫶
D'ailleurs, vous ne trouvez pas que aimer son chien et favoriser son autonomie vont très bien ensemble?
Alors, selon vous, votre chien vit-il réellement de l’anxiété de séparation?
Ou y a-t-il autre chose dans son histoire?
De l’hyperattachement?
De la frustration?
Un manque d’apprentissage?
Une difficulté à tolérer la contrainte ou la distance?
Est-ce une manifestation isolée?
Est-ce surtout un chien qui recherche énormément votre proximité?
Ou observez-vous une combinaison de manifestations accompagnée d’une véritable désorganisation lorsque votre chien perd accès à sa figure d’attachement?
Pour moi, c’est là que toute la nuance prend son importance. Et plusieurs années plus tard, les enseignements de Richard Beaudet résonnent encore dans ma pratique : un comportement nous donne une information, mais c’est le chien dans son ensemble qui nous permet réellement de la comprendre.
Joanie