Le cortisol : comprendre l'hormone du stress autrement!
On entend énormément parler du cortisol en comportement canin aujourd’hui. Il est souvent surnommé « l’hormone du stress », ce qui peut rapidement donner l’impression que cortisol élevé = chien stressé = problème.
Mais la réalité est beaucoup plus nuancée… et franchement plus intéressante!
Le cortisol est une hormone essentielle au fonctionnement normal de l’organisme. Produit par les glandes surrénales, il participe entre autres à la gestion de l’énergie, au métabolisme, à la réponse immunitaire et surtout à la capacité du corps à s’adapter à ce qui lui arrive.
Lorsqu’un chien arrive dans un nouvel environnement, apprend quelque chose, fait un effort physique ou vit une situation plus exigeante, son organisme doit s’ajuster. Son cerveau et son corps communiquent afin de mobiliser les ressources nécessaires, et le cortisol fait partie de cette réponse.
Une augmentation temporaire du cortisol peut donc être tout à fait fonctionnelle.
C’est ici que la différence entre stress aigu et stress chronique devient importante. Une activation ponctuelle permet au chien de mobiliser ses ressources, de traverser une situation et de revenir progressivement vers son équilibre. Lorsque cette sollicitation se prolonge et que l’organisme récupère difficilement, le portrait devient différent.
Pour moi, la question la plus intéressante devient donc : comment le chien récupère-t-il après son activation?
En 2025, des chercheurs ont mesuré le cortisol de 19 chiens en santé avant et après un exercice sur tapis roulant. Les chiens ont marché et trotté pendant 10 minutes, puis une deuxième mesure a été prise après 30 minutes de récupération.
Le résultat?
Aucune augmentation significative du cortisol pour l’ensemble du groupe. Plus intéressant encore, le cortisol a augmenté chez 9 chiens et diminué chez 10.
Même exercice. Même protocole. Des réponses individuelles différentes.
L’objectif premier de cette étude était médical, mais elle illustre quelque chose que je trouve vraiment pertinent en comportement : un même événement peut produire des réponses physiologiques différentes d’un chien à l’autre.
C’est exactement pour cette raison que le contexte et l’individu comptent autant.
On peut mesurer le cortisol dans le sang, la salive, l’urine, les selles et même… dans les poils!
J’avoue que cette dernière méthode pique particulièrement ma curiosité. Une prise de sang nous donne surtout une information à un moment précis, mais elle peut également l'influencer, alors que le poil peut être utilisé pour explorer le cortisol sur une période plus longue.
Sur le terrain, j’ai souvent remarqué que chez certains chiens vivant des situations de stress chronique un poil plus sec, plus terne ou qui grisonne. Est-ce directement relié au cortisol? Les recherches citées ici ne permettent pas de l’affirmer. Peut-être un simple adon! Mais je trouve l’observation intéressante et j’ai bien hâte de voir ce que les recherches futures nous apprendront là-dessus.
Alors hormone du stress, mais pas négative pour autant!
C’est probablement la partie que j’aimerais que vous reteniez.
Un chien va vivre de l’excitation, de la nouveauté, de l’effort physique, de l’apprentissage et parfois de la frustration. Son organisme est conçu pour s’adapter à ces changements.
Notre objectif devient alors de développer un chien capable de traverser différentes activations, de s’adapter à son environnement et de revenir vers l’équilibre.
Le cortisol nous donne une information. Le comportement nous en donne une autre. L’environnement, l’historique du chien, la durée de l’activation et sa récupération complètent le portrait.
C’est toute cette information mise ensemble qui nous permet de mieux comprendre le chien devant nous.
Et c’est ce que j’aime de la science : plus on apprend, plus on réalise à quel point le comportement mérite d’être regardé avec nuance mais aussi, que l'observation à son rôle dans tout ça!
Références scientifiques
Mârza, S. M. et coll. (2024). Behavioral, Physiological, and Pathological Approaches of Cortisol in Dogs. Animals, 14(23), 3536.
Woolcock, A. D. et coll. (2025). Evaluation of Exercise as a Screening Test for Hypoadrenocorticism in Dogs. Journal of Veterinary Internal Medicine.
Ouschan, C., Kuchar, A. & Möstl, E. (2013). Evaluation of Hair Cortisol in the Diagnosis of Hypercortisolism in Dogs. Journal of Veterinary Internal Medicine, 27(5), 1266–1272.