La mastication : trop, c’est comme pas assez!
Depuis quelques années, on encourage énormément la mastication chez les chiens : un os, un jouet, différentes textures, des trucs à gruger… Plusieurs personnes ont même différents types d’os à la maison pour varier les options.
Et honnêtement, je les comprends.
On veut offrir quelque chose à notre chien à faire, répondre à son besoin de mastication et contrer l’ennui. C’est particulièrement vrai lorsqu’on utilise la cage. On va souvent y mettre un os ou quelque chose à gruger pour occuper le chien pendant qu’il apprend tranquillement à y rester et à se déposer.
Et c’est correct! La mastication peut être un excellent outil.
L’objectif, avec le temps, c’est simplement de créer un pont entre :
« J’ai quelque chose à gruger » → « Je suis aussi capable de ne rien faire et de me déposer. »
Je le vois justement présentement avec Hemi.
Hemi a beaucoup d’intérêt pour la mastication. Elle aime vraiment gruger! Puis tranquillement, j’ai commencé à la voir gruger son bol d’eau dans sa cage, chercher les petits trucs autour d’elle et essayer de trouver quelque chose à mettre dans sa gueule.
Pour moi, ça a été l’élément déclencheur : je devais apporter un changement.
À différents moments, j’ai donc commencé à retirer ce qui se trouvait dans sa cage. Plus d’objet à chercher, plus de bol à gruger, plus d’activité à trouver. Tout ce qu’elle peut faire à ce moment-là, c’est se déposer, décanter et éventuellement dormir.
Ça veut dire qu’Hemi n’a plus rien à gruger? Bien sûr que non. Elle a encore ses moments de mastication. C’est une question d’équilibre.
Elle doit aussi apprendre à être dans sa cage sans avoir systématiquement quelque chose à faire. Et pour les gens qui travaillent sans cage, le principe reste exactement le même : créer des moments où le chien apprend à être présent sans constamment chercher quelque chose à mettre dans sa gueule.
Parce qu’apprendre à ne rien faire, ça s’apprend aussi.
Et c’est exactement ici que le concept d’homéostasie devient intéressant.
L’homéostasie, c’est le retour vers l’équilibre. Une émotion monte, le niveau d’activation change, puis l’organisme cherche éventuellement à revenir vers un état plus stable.
Certains comportements peuvent alors devenir des mécanismes d’adaptation associés à ce retour vers l’équilibre.
La mastication peut en faire partie.
Pensez à quelqu’un qui se gruge les ongles lorsqu’il est stressé. Se gruger les ongles devient une façon de composer avec cet état émotionnel. À force d’être répété, le comportement peut devenir automatique et se ritualiser.
Chez le chien, la mastication peut suivre le même principe : le chien vit une montée émotionnelle, il gruge et ce comportement participe à son retour vers l’équilibre.
C’est cette association qui devient importante à observer.
Parce que si l’os n’est plus disponible, le comportement de mastication, lui, peut rester.
Le chien peut alors exercer ce même comportement sur ce qui est disponible : un coussin, une couverture, un meuble, son bol, son tapis ou différents objets de son environnement.
Chez certains chiens, le comportement peut aussi se diriger vers eux-mêmes : léchage, mordillement excessif ou comportements d’automutilation.
Il peut également se diriger vers l’humain. Lors d’une forte montée d’excitation, certains chiens cherchent immédiatement quelque chose à prendre en gueule : une manche, des vêtements, les mains ou les bras.
Le comportement reste le même : utiliser la gueule. C’est ce sur quoi il s’exerce qui change.
C’est particulièrement intéressant à observer chez les chiens qui ont déjà une forte tendance à utiliser leur gueule. Certains Labradors et Goldens, par exemple, ont beaucoup de comportements de prise en gueule, de transport et de mordillement dans leur répertoire.
L’objectif reste donc toujours l’équilibre.
La mastication a sa place. Offrir différentes textures, particulièrement chez le chiot, peut être vraiment intéressant. Puis, progressivement, on veut aussi développer la capacité à attendre, se déposer et simplement ne rien faire.
La mastication devient ainsi une activité parmi plusieurs, plutôt que le comportement systématiquement associé au retour vers l’équilibre.
Petit point important aussi lorsqu’on parle d’os : pensez à la sécurité. Certains objets à gruger peuvent se briser ou être avalés et présenter un risque d’étouffement. Le choix de l’objet, sa grosseur et la supervision restent donc importants, particulièrement lorsqu’on pense laisser un chien seul avec quelque chose à mâcher.
Comme je le dis souvent : trop, c’est comme pas assez.
Alors, observez simplement votre chien.
Est-ce qu’il apprécie la mastication comme une activité parmi d’autres, ou est-ce qu’il commence à avoir besoin de gruger pour retrouver son équilibre?
Parce qu’au fond, on veut développer les deux : un chien capable de profiter de sa mastication et un chien capable de simplement… ne rien faire.