Connaître la tolérance de son chien
La semaine dernière, on parlait de l’exposition et de la désensibilisation à différentes situations ou déclencheurs pour nos chiens. On a abordé la notion de rythme, de pas exposer trop vite ni trop lentement. Mais comment fait-on pour savoir qu’on travaille au bon rythme pour l’apprentissage de notre chien?
Le concept des zones de confort devient un outil indispensable pour n’importe quel processus de désensibilisation. Qu’on parle de la coupe de griffes, de la réactivité ou autre, il est essentiel de bien comprendre quelle intensité rend notre chien indisponible à l’apprentissage. On considère généralement qu’il existe 3 zones de confort chez les chiens.
La zone verte
Dans cette zone, le chien est confortable car la pression créée par une situation ou encore un déclencheur sont assez légers ou à distance assez grande pour que le chien soit encore au neutre. En général, le chien prend encore la nourriture, réalise ses exercices avec facilité et est relativement calme. Cette zone devrait être celle dans laquelle le chien se trouve la majorité du temps où il n’est pas en entrainement de désensibilisation. C’est son état émotionnel neutre.
La zone jaune
Le jaune marque le début d’un inconfort plus marqué. C’est là que le chien ressent clairement le déclencheur. Il peut le voir, l’entendre ou le sentir, dépendent de ce que l’on travaille. Son système nerveux s’active, mais il ne déborde pas. Le chien peut sembler plus nerveux, avoir un peu plus de difficulté à réaliser les exercices qu’on demande, un changement dans la prise de nourriture (arrêt ou augmentation de la vitesse de consommation)...
Par contre, le point clé du jaune, c’est qu’il reste capable de :
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vous entendre et répondre à vos commandes, parfois avec aide
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rester dans la situation sans exploser
C’est ici que l’apprentissage se construit. Parce que le cerveau est exposé à la vraie version du déclencheur, à une intensité qui compte… tout en vivant une expérience gérable. Le chien apprend donc que même avec ce niveau d’intensité, rien ne lui arrive. C’est ce qui permet le progrès!
Voici quelques exemples pour mieux le comprendre :
En réactivité : on ne travaille pas à 200 mètres si à 200 mètres il n’y a aucune activation. On cherche une distance où le chien remarque clairement l’autre chien, mais peut encore rester fonctionnel.
En manipulation : on ne fait pas seulement un micro-contact si ce qui dérange, c’est tenir la patte 10 secondes. On augmente graduellement la durée, jusqu’à un point où il y a un léger inconfort… mais pas de lutte.
En gestion de l’excitation : on ne pratique pas uniquement dans un environnement totalement neutre. On introduit un niveau de stimulation qui oblige le chien à se réguler.
En résumé, le jaune n’est pas confortable, mais il est tolérable. C’est cette tolérance qui élargit la capacité du chien et qui construit sa résilience!
La zone rouge
Cette zone marque le début de l’indisponibilité totale du chien. Ici, il est impossible pour lui d’apprendre car la situation est trop intense et difficile à gérer pour où on est rendus dans le processus de désensibilisation. Ici, on pourrait observer des comportements comme : réaction explosive, fuite, blocage ou refus total de nourriture.
Ici, le chien n’arrive plus à se réguler car son système nerveux tombe en mode recherche de solution pour faire cesser l’inconfort. Continuer à travailler dans cet état ne construit généralement pas la désensibilisation. On risque plutôt d’augmenter la charge émotionnelle associée au déclencheur. Ceci dit, être dans la zone rouge n’est pas un échec, mais plutôt un indicateur que l’intensité dépasse la capacité actuelle. Dans un processus de désensibilisation, ça arrivera qu’on ira trop vite, et c’est normal! C’est seulement une indication de baisser momentanément la difficulté de l’exercice pour mieux avancer.
Travailler dans le jaune ne veut pas dire maintenir le chien dans un inconfort constant. C’est une question d’équilibre : entrer légèrement dans l’inconfort, observer ce qui se passe, ajuster l’intensité, puis permettre une vraie récupération. On ne cherche pas la performance, on cherche la progression. Et cette zone n’est jamais fixe : elle varie selon la fatigue, l’environnement, l’historique, l’accumulation des expositions, et même selon votre propre tension. Un chien peut être en jaune à 30 pieds un jour… et en rouge à la même distance le lendemain. C’est normal, c’est vivant. Le jaune demande de la lecture, de l’ajustement et une certaine humilité mais c’est souvent là que le chien commence réellement à élargir ce qu’il est capable de tolérer, et que le travail devient transformateur.
Bonne semaine,
Sara-Maude