Cesser de culpabiliser pour mieux apprendre
La culpabilité, c’est souvent le reflet d’un trop-plein d’ego déguisé en bienveillance. Dans le monde canin, elle se glisse subtilement dans les discours : « Fais ceci, sinon tu vas blesser ton chien », « Si tu utilises tel outil, c’est que tu n’aimes pas ton animal ». Sous prétexte d’aider, on impose des certitudes qui font douter. Et à force d’entendre ce genre de messages, plusieurs finissent par se sentir inadéquats, paralysés par la peur de mal faire.
Beaucoup de ces discours reposent sur une dynamique bien connue : le triangle de Karpman : victime, sauveur, persécuteur. On y retrouve ceux qui se sentent coupables de ne pas en faire assez, ceux qui veulent sauver les autres de leurs
« erreurs », et ceux qui jugent ou condamnent ceux qui pensent différemment. Le problème, c’est que ce jeu ne laisse pas de place à la nuance ni à l’apprentissage. Il crée un climat où on s’explique, on se justifie, on compare… mais où on n’évolue plus.
Ce modèle de militantisme, très présent dans notre domaine, nourrit la division. Certains prétendent détenir la bonne façon de faire, parlant avec une telle certitude que même les plus expérimentés finissent par douter d’eux-mêmes. Pourtant, le savoir ne rend pas toujours plus sage. Lire trois ou dix livres sur le comportement, c’est bien. Mais rien ne remplace quinze ans de terrain, de chiens différents, d’essais, d’erreurs et d’adaptation. La vérité, c’est qu’on apprend bien plus en observant, en ressentant et en restant présent qu’en cherchant à tout intellectualiser.
La technique, la science et le timing sont des outils précieux, mais ce ne sont pas eux qui bâtissent la relation. C’est la présence, la curiosité et la cohérence. Alors oui, il faut parler de timing, de renforcement, de méthode. Mais il faut aussi parler d’humanité. Parce que le véritable apprentissage, c’est celui qui ne juge pas. C’est celui qui laisse la place d’essayer, de se tromper, de recommencer. Celui qui ne dit pas « tu fais mal », mais « tu peux faire mieux, et c’est correct d’être en chemin ».
Tu n’as pas besoin d’être parfait pour bien faire. Tu n’as pas besoin de suivre chaque mode ni de craindre le regard des autres pour être un bon humain pour ton chien. Ce qui compte, c’est ta présence. Ce moment où tu respires, observes, ajustes et avances. Parce qu’au fond, ce n’est pas la culpabilité qui fait grandir, c’est la compréhension.
Joe